Alors puisque vous etes tout de meme quelques unes a me suivre, je vais vous raconter une histoire.
Il etait une fois un sommet enneige de la Cordillere Royale, si haut, que beaucoup de gringos visitant la Bolivie se sentaient irresistiblement attires. De plus, la majorite des guides de voyages presentait le Huayna Potosi comme l'un des sommets de plus de 6000 metres les plus faciles a monter.
Un des gringos voulut absolument s'y essayer mais sa gringa savait, de par son experience anterieure, qu'un 6000 metres n'est pas une balade de sante. Cependant, son gringo avait decide qu'il allait tenter l'experience. La gringa voulant suivre son prince charmant se lanca egalement dans l'aventure.
Ils partirent un mercredi matin de la Paz, capitale dominee par cette imposante Cordillere Royale, accompagnes d'un guide que nous nommerons Porfilio, puisqu'il etait ainsi baptise.
Comme nous le savons deja, la Cordillere des Andes est une tres haute chaine de montagne mais etonnamment accessible en vehicule jusqu'a des hauteurs depassant parfois le Mont Blanc. Ainsi les deux gringos et Porfilio furent deposes a 4700 metres d'altitude d'ou ils se mirent tout de meme a marcher jusqu'au campement 500 metres plus haut. Il s'agissait en fait d'un gros rocher au pied du glacier en fonte, depart de la randonnee de 6 heures du lendemain.
Ici, ils rencontrerent plusieurs autres amoureux de la nature de toutes les nationalites decides a faire l'ascension du Huayna Potosi. Parmi eux, deux Suisses qui semblaient les plus a l'aise de tous sous la neige et le froid. Ils promirent a la gringa du vrai chocolat suisse comme recompense apres l'ascension.
Une fois les tentes installees tant bien que mal sur les cailloux du campement, les deux gringos recurent en collation du pain, du fromage, des tomates que leurs deux voisins anglais avaient portes a la sueur de leur front depuis le campement du bas de 4700 metres. Suivirent, une heure apres, une soupe de mais et des spaghettis a la sauce tomate, egalement portes par les pauvres Anglais qui pourtant avaient paye quasi 2 fois plus cher leur tour que les deux gringos.
La neige ne s'arretait pas de tomber, ce qui etait assez rare en cette saison. Les Anglais expliquerent aux gringos que depuis leur debut du tour du monde, onze mois auparavant, ils etaient poursuivis par la neige, jusque dans des endroits impensables, tel que le Salar de Uyuni ou en Patagonie au mois de fevrier.
Tout le monde dansait de froid a l'exterieur en attendant impatiemment de pouvoir aller se reposer dans les tentes apres l'indispensable mate de coca. Lorsque l'heure fut venue d'aller dormir, a 18h, la gringa se coucha avec ses vetements tant elle ne pouvait se rechauffer tandis que son homme fit le fier en ne portant que de legers sous-vetements dans l'epais sac de couchage de Seb. Malgre cet inconfort, la gringa passa une meilleure nuit que lors de son ascension precedente du Chachani. Au reveil, a minuit, elle n'avait pas mal au coeur et put meme boire une tasse de cafe recommande pour l'energie et avaler une tartine de pain.
En voyant sa chere et tendre revetue de plusieurs couches de vetements superposees (trois paires de chaussettes, un collant, deux pantalons, un t-shirt isotherme, trois vestes, une cagoule et un bonnet), son gringo se demanda s'il etait assez habille. Mais la gringa repensait au froid qu'elle avait subi et preferait se proteger en consequence.
Cela lui permit de ne pas avoir les doigts geles bien que froids et d'affronter le vent en haut.
Le gringo, qui n'avait pas dormi de la nuit tant il etait excite a l'idee de cette ascension (comme s'il attendait le Pere Noel), etait en tres bonne forme et chaussa ses crampons plein de motivation. A 1h30, la marche commenca sur le glacier qui perdait chaque annee quelques centimetres puis les differents groupes de randonneurs, que l'on pouvait localiser grace aux halos de lumiere qu'ils projetaient, s'aventurerent dans la neige bien tassee. Le chemin montait en pente douce, ne demandant qu'un souffle regulier pour marcher sans peine.
Pendant ces deux premieres heures, la gringa, il faut l'avouer, etait un peu enervee de voir son gringo prendre autant de plaisir a cette marche facile, alors qu'elle l'avait prevenu des difficiles conditions climatiques et geographiques qu'ils risquaient de rencontrer pour effectuer cette ascension. Or la, cette randonnee devenait effectivement une balade de sante et ca n'etait pas juste a son avis!
Mais la randonnnee changea de visage a l'escalade du premier mur juste apres le passage de la crevasse. La, obligation de grimper a la force de ses bras en s'aidant du piolet et d'enfoncer ses piolets a la verticale pour ne pas glisser. Ils comprirent l'utilite de leur encordement avec le guide.
Ce fut la premiere grosse difficulte pour le gringo. Pour la gringa aussi d'ailleurs car le rythme fut d'un seul coup accelere. A partir de la, le chemin devint plus etroit et la declivite plus forte a mesure qu'ils avancaient.
Arrives en bas du grand mur, le gringo, dans un elan irreflechi de fatigue, proposa a sa gringa d'arreter la. En effet, malgre la nuit, il pouvait evaluer la hauteur du mur, surtout que les Suisses les narguaient involontairement a la lueur de leurs torches car ils avaient de l'avance sur tout le monde. Mais la gringa connaissait la capacite de son gringo et l'encouragea a continuer malgre sa grosse fatigue.
Ils pesterent donc chacun a leur tour en grimpant ce mur de 250 metres incline a 45 degres. Ils y allaient a coups de piolets, de crampons enfonces. Le gringo trouvait que sa gringa marchait en canard mais il ne savait pas encore que les chaussures qu'on lui avait fournies etaient trop grandes et lui blessaient le pied a chaque pas. La gringa, elle, riait nerveusement d'entendre son gringo affirmer qu'il refusait de depasser ses limites et que son corps lui demandait d'arreter. Cependant il continuait d'avancer. Et quand ce fut au tour de la gringa d'avancer a quatre pattes dans la neige et de supplier que l'on redescende, son gringo l'encourageait par ses "allez, mon ange!" Le guide, quant a lui se contentait d'ecouter patiemment les lamentations de ses clients et de les informer des metres restant a parcourir.
La gringa s'etait mise dans un mode automatique d'enfoncement de piolets et de crampons qui lui permettait d'avancer tant bien que mal tandis que le gringo semblait a nouveau plein d'energie. La gringa n'avait plus la force de se sentir narguee par cette facilite car elle ne revait que d'atteindre ce sommet a 6088 metres. Ainsi lorsqu'elle entendit les Suisses compter a rebours : 10 metres, 9 metres, 8, 7... elle ne put s'empecher de leur demander de l'aide. "Ayudame! Ayudame!" Mais les Suisses ne tricherent pas et elle gravit son sommet seule.
Apres le temps de recuperation, elle ne put en croire ses yeux : la vue donnait sur toutes les montagnes et vallees alentour. Devant, derriere, sur les cotes, tout etait degage parfaitement et les reliefs dans la lueur du petit jour rendait toute sa majeste a la nature. En bas, ils pouvaient apercevoir les lumieres de la Paz encore endormie puisqu'il n'etait que 6h. Malgre leur peine, les deux gringos avaient atteint le sommet en un temps raisonnable et purent assister au lever du soleil juste derriere les montagnes en face d'eux.
A ce moment-la, ils se sentaient plein de force et de bonheur d'etre ensemble. Mais ils ne purent immortaliser ce moment car l'appareil photos ne fonctionna pas. Sans le savoir, ils creerent de nouvelles deceptions parmi leurs amis.
Ils redescendirent en rappel, securises par leur guide, ce qui les soulagea et economisa beaucoup leurs forces deja defaillantes. Le gringo ereinte fit deux chutes dans la descente dont une magnifique les bras en avant dans la neige qui fit bien rire sa gringa. Sans mal heureusement. La gringa quant a elle se sentait en pleine forme et n'arretait pas de parler ce que ne manqua pas de lui faire remarquer son gringo.
De retour au campement a 9h30, elle n'oublia pas d'aller reclamer son chocolat aux deux Suisses ce qui lui rappela de delicieuses saveurs.
Malgre ces satisfactions apres la souffrance, la gringa fit la promesse pour la deuxieme fois de ne pas refaire un sommet a plus de 6000 metres.